
Canicule, incendie, sécheresse :
Ce que l’été 2026 a fait bouger
— ou pas — dans le rapport
des Français au climat
Etude. Cet été, le changement climatique est devenu une expérience vécue. Mais si l’été 2026 rapproche le changement climatique des Français, il ne suffit pas à transformer en profondeur leur rapport à l’enjeu : il renforce surtout les inquiétudes, le fatalisme et le sentiment d'impuissance, fait émerger des stratégies d’adaptation et tend à accroître les attentes d’action politique.
- septembre 2026
crédit photo : Matt Palmer
Cette étude a été réalisée sur la base 24 entretiens individuels semi-directifs menés du 25 au 27 août 2026 par Parlons Climat.
L’été fait passer le changement climatique de l’abstrait
au vécu
Pour de nombreux interrogés, sensibles ou non aux enjeux climatiques, l’été a rendu réels et concrets les effets du changement climatique. Ils ont ainsi gagné en proximité géographique “ça se rapproche de là où j’habite” et temporelle “je ne pensais pas que ça arriverait si vite.”. On note par ailleurs, une forme d’incrédulité chez certains habitants des régions nord de la France quand au fait d’être eux-aussi touchés. Même les habitants des territoires jusque-là perçus comme relativement épargnés découvrent qu’ils ne sont plus à distance.
“J’entendais parler de tout ça (les incendies) un peu plus bas en Espagne et au Portugal. Et on voit que du coup, ça se rapproche un peu plus. Je me dis que ça m'impacte un peu plus."
Hugo, 27 ans, technicien dans la sidérurgie, Auvergne-Rhône-Alpes
L'été a ainsi été largement perçu comme différent et particulièrement difficile. C'est notamment l'expérience des canicules à répétition qui fait office de vécu commun.
“Je vais le garder en mémoire, mais pas de façon positive, parce que c’était horrible."
Nadia, 32 ans, aide à domicile, Bourgogne-Franche-Comté
Vivre le dérèglement ne signifie pas automatiquement s’en inquiéter
Dans nos entretiens, l’inquiétude apparaît notamment lorsque les aléas climatiques sont interprétés comme le signe d'une tendance appelée à se poursuivre, et dépend donc de la capacité de la personne à faire le lien avec le changement climatique bien que ce mécanisme de cause à effet reste imparfait. Début août, 8 Français sur 10 établissaient un lien entre les événements de cet été et le changement climatique (Destin Commun).
Autrement dit, ce n’est pas seulement ce qui arrive qui compte, mais le sens que les individus donnent à ce qui arrive.
Face au fatalisme et au sentiment d’impuissance, l’adaptation offre une prise
Là où l’atténuation peut sembler vertigineuse, lointaine et dépendante des autres pays, comme l'est la lutte contre le changement climatique en général, l’adaptation donne du pouvoir d’agir, notamment à travers le logement. C'est aussi là qu'apparaît une nouvelle ligne de fracture majeure : les locataires ont le sentiment de ne pas disposer des mêmes leviers que les propriétaires.
"J’ai écrit à mon bailleur social pour leur demander quelles étaient les mesures qui allaient être prises par rapport à ça, et en fait ils m'ont répondu qu'ils n'avaient pas voté la loi climat. Donc, du coup, il n'y avait rien de prévu."
Claire, 52 ans, professeure de mathématiques, Île-de-France
"Moi, je ne suis pas propriétaire, je suis locataire. Donc, déjà, une climatisation, le propriétaire ça m'étonnerait qu'ils fassent ça pour les 8 logements qu'il y a dans mon immeuble."
Romain, 38 ans, agent en télécommunications, Bourgogne-Franche-Comté
Cette recherche de prise se traduit aussi parfois par une demande politique
L’été ne conduit pas nécessairement les Français à changer de position sur le climat, mais il augmente la pression pour que quelqu’un agisse. Les plus sensibilisés demandent une accélération et une mise à l’agenda politique ; chez certains profils plus éloignés du sujet, l’été rend l’enjeu plus concret sans nécessairement le rendre prioritaire. L’été tend donc à augmenter le niveau d’exigence en partant toutefois du niveau de chacun avant l’été.
"Ça fait quelques années que l'écologie, ils en parlent, mais il n'y a pas de budget, ils s'en foutent. Là, j'ai l'impression que là, on va commencer à rentrer là-dedans et les hommes politiques vont parler plus sérieusement"
Alain, 64 ans, ancien cadre dirigeant, Provence-Alpes-Côte d’Azur
"Je pense que c’est un sujet important pour les présidentielles, mais pas prédominant non plus”.
Philippe, 64 ans, retraité, Nouvelle-Aquitaine
