Le score des Écologistes ne reflète pas le soutien à l’écologie en France
- Amélie Deloffre
- il y a 12 heures
- 4 min de lecture
Actu. Les municipales approchent et avec elles, les pronostics vont bon train sur ce que révéleront les urnes. L’écologie et le score des Écologistes font partie des enjeux scrutés. Pourtant, faire du score du parti Les Écologistes un baromètre d’où en est l’écologie en France est une erreur.
Si le climat et l'environnement font partie de l’ADN de toute la gauche, ce sont des sujets ancrés dans les autres électorats également. Chez les électeurs faisant des sujets écologiques une de leurs principales préoccupations, Les Écologistes peuvent être un repoussoir, du fait de leur positionnement ancré à gauche. Dans un contexte où l’offre politique est limitée, de nombreux électeurs, notamment de droite, qui préféreraient voter pour un parti aligné sur leurs idées mais aussi engagé sur l’écologie, ne trouvent pas de tel parti. Ils sont donc obligés de rogner sur leurs préférences écologiques.
On développe.
Une sensibilité écologique réelle et largement transpartisane
Commençons par remettre les pendules à l’heure : moins de la moitié des électeurs qui font de l'écologie et le climat un enjeu prioritaire pour le pays votent à gauche. Lors des législatives de 2024, 45% des électeurs qui priorisent l’environnement et le climat ont voté pour le NFP, contre 55 % pour un autre parti.
Ce chiffre est stable : lors des présidentielles de 2022, ils étaient 44 % à avoir voté pour un candidat de gauche.
En plus de cette question de la priorisation, on peut regarder quatre autres indicateurs qui peuvent être perçus comme des marques de soutien à l'écologie :
le soutien à des politiques publiques de transition (sur 13 testées) ;
le soutien au parti Les Écologistes (les personnes mettant une note supérieure à 5 sur 10 à la probabilité de (re)voter pour ce parti) ;
l’opposition au parti Les Écologistes (les personnes mettant une note égale à 0 sur 10 à la probabilité de (re) voter pour ce parti) ;
le poids de l’environnement dans les déterminants du vote aux européennes de 2024.
Le tableau suivant présente chacun de ces indicateurs en fonction du vote lors des législatives de 2024 (à l’exception du dernier, issu du vote aux européennes).

Que nous disent ces indicateurs ?
l'écologie fait partie de l’ADN des électorats de gauche. Ils placent l’environnement et le climat parmi leurs principales préoccupations, soutiennent les politiques publiques de transition. Ces chiffres confirment une réalité bien établie : pour une large partie de la gauche, au-delà des Écologistes, l’écologie est un enjeu central ;
l’écologie n’est plus marginale dans les électorats centristes. Ils placent le climat et l’environnement parmi leurs principales préoccupations, à un niveau proche de celui observé à gauche. Leur indice moyen de soutien aux politiques publiques environnementales est très élevé. Ainsi, les électeurs centristes font aujourd'hui de l’écologie un enjeu central dans leurs choix de vote ;
enfin, l’écologie est présente dans les électorats de droite. 25 % des électeurs LR et 15 % des électeurs RN déclarent prioriser les enjeux climatiques et environnementaux. Ces électeurs soutiennent une part significative des politiques publiques de transition. Ils se montrent favorables à la réduction des pesticides, au développement du bio ou du ferroviaire, tout en restant plus partagés sur les mesures liées à la mobilité, comme l’interdiction des véhicules thermiques neufs ou les ZFE. Le soutien à l’écologie existe donc bel et bien à droite.
Un soutien à l’écologie ne se traduit pas toujours par un vote pour un parti ambitieux sur ce sujet
Le vote ne fonctionne jamais comme un miroir parfait des priorités des français. Au niveau programmatique, il exprime une préférence entre plusieurs sujets importants, face à une offre électorale qui ne répond jamais totalement aux attentes des électeurs. Ainsi, les électeurs RN sensibles à l'écologie admettent que leur parti manque d'ambition sur le sujet. Lors d'entretiens et groupes de discussion que nous menons régulièrement, nous avons par exemple pu entendre certains de ces électeurs dire : « Ils sont pas très écolos… ce n’est pas leur sujet de prédilection »; « C’est ce qui m’embête un peu… j’aimerais qu’ils prennent davantage conscience de cette problématique ». Cependant, cela ne les empêche pas de voter pour ce parti, qu’ils estiment mieux les représenter sur d’autres sujets.
Au moment de voter, un électeur priorisant les enjeux climatiques peut choisir le parti qui lui convient le mieux sur l'ensemble de ses priorités, même si son programme environnemental est insuffisant. Cela n’empêche pas certains changements de vote : par exemple, deux personnes préoccupées par les enjeux climatiques et rencontrées lors de nos entretiens avaient voté pour Les Écologistes aux européennes avant de voter pour le RN aux législatives de 2024, un mois plus tard.
Un soutien à l’écologie ne se traduit que rarement par un vote pour Les Écologistes
Un élément central permet d’expliquer cela : le vote pour le parti Les Écologistes est perçu comme un vote de gauche. Cette perception constitue un frein important pour de nombreux électeurs sensibles aux enjeux environnementaux, mais qui ne se reconnaissent pas dans ce positionnement politique. Qui, pour rappel, représentent la majorité des personnes priorisant cet enjeu. Le rejet est parfois explicite, dans nos entretiens, nous entendons par exemple souvent, auprès de personnes qui priorisent ces enjeux : « Les Écologistes, c’est la gauche. Ce n’est pas du tout mon parti ».
Ainsi, parmi les électeurs qui priorisent l’environnement, seuls 17% d’entre eux font des écologistes le parti qu’ils soutiennent le plus. Et, parmi ces personnes priorisant l’environnement et n’ayant pas voté pour le NFP en 2024, seulement un tiers mettent une note supérieure à 5 sur 10 à la possibilité de (re)voter un jour pour les Écologistes. On peut donc être écologiquement engagé sans envisager de voter pour le parti des Écologistes. Le soutien à ce dernier parti est aujourd’hui largement déterminé par l’orientation gauche-droite, plus encore que par la priorisation des enjeux écologiques.
Le score électoral des Écologistes ne peut donc plus être utilisé comme un indicateur du soutien à l’écologie en France. Électoralement, l’écologie en France s’est diffusée, transversalisée, mutant au passage. Elle ne se concentre plus dans un seul vote ni dans un seul camp. C’est avec cette nouvelle réalité politique en tête qu’il faudra lire les résultats des scrutins à venir.
📌 Sources
Pour l’ensemble des chiffres, Les Français Parlent Climat, Parlons Climat 2025, à l’exception des déterminants de vote lors des européennes, enquête sortie des urnes Ipsos pour France Télévisions, Radio France, France24/RFI, Public Sénat/LCP Assemblée Nationale.

