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#3 Nicole : “On voit les choses, mais il n'y a personne qui vient dire les solutions.”

  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture

Le climat et moi. Laissés pour compte, agriculteurs, climatosceptiques, jeunes de banlieue… Nous vous proposons dans cette rubrique de partir à la rencontre de Français et Françaises éloignés des cercles écologistes. A tous, nous avons posé la même question : “Et vous, l’environnement, vous en pensez quoi ?”


Dans ce nouvel épisode, Nicole, retraitée et chasseuse dans l’Indre. Elle coule des jours paisibles et bien occupés dans un petit village, une vie qui contraste avec le monde extérieur entraperçu comme ultra-violent dans les médias, et qui la terrifie.




Illustration @arno_aubry
Illustration @arno_aubry


Ruralité. Nicole est une femme de la campagne. Elle aime sa vie de village, les nombreuses associations dont elle fait partie, les petits commerçants qui viennent la livrer, les déplacements à vélo, le shopping dans la petite ville d’à côté. Elle a une vie sociale très dense, le club des séniors, celui de randonnée, la chasse, les projets pour faire revivre les commerces locaux… Dans son jardin, elle élève des poules, cultive son potager et nourrit son compost. Nicole est aussi connectée à sa communauté locale. Membre de “Voisins Vigilants”, elle veille à la sécurité de son quartier. Elle participe aussi volontiers à la solidarité locale, en faisant dons de vêtements à diverses associations.



“J'ai peur de la vie.”



Insécurité. De temps en temps, il lui arrive d’aller “en ville”, dans la commune voisine ou plus rarement dans une grande métropole où habitent son fils et ses petits-enfants. Mais elle n’aime pas : “Ça craint un peu. Je ne me sens pas en sécurité. C’est vrai que j’habite à la campagne, mais il y a des policiers et des agents de sécurité à la sortie des écoles, je n’ai jamais connu ça avant.”


Car malgré sa vie a priori confortable et son cadre de vie serein, Nicole a “peur de la vie, peur de tous ces attentats, tous ces crimes, les voitures brûlées en centre-ville. J’avoue que je suis contente de vivre en campagne, en fait. Ça a commencé avec l’attentat à Toulouse, où des enfants juifs ont été tués à la sortie de leur école. Le temps qu’ils arrêtent le type, ça a mis un temps fou, on se demandait pourquoi. Moi, j’ai peur depuis ce temps-là.”


“Les médias montrent les mauvaises nouvelles, mais aussi la réalité. Dans vingt ans, qu’est-ce que ça va donner la France ?”

Faits divers. Alors chaque matin, elle commence sa journée à 6h du matin “en allumant BFM”. Sa journée semble ensuite rythmée par un suivi intensif des informations nationales et régionales. “Je regarde sur l’appli, Opera News, où j’ai les informations en direct du quotidien régional. Les informations régionales sur la 3 à partir de 10h ou à midi. Tous les jours à 14h je regarde les décès de ma commune. Puis je regarde les infos sur TF1 ou France 2. Et en voiture, sur l’autoroute, je suis sur 107.7. Et s’il y a un événement particulier, je me mets sur France Info pour savoir ce qui se passe.” Elle a ses présentateurs préférés, le très poli Laurent Delahousse par exemple, et ses émissions de télé favorites - avec un faible pour les documentaires d’Arte.


Avenir angoissant. Nicole décrit l’information reçue comme un flot de nouvelles angoissantes. “Tous les jours on voit à la télé untel à reçu un coup de couteau, machin s’est fait descendre, les deux gamins qui ont disparu qu’on ne retrouve pas… il n’y a que ça à la télévision, en fait.” Fille de gendarmes, elle paraît suivre de très près la méthodologie et les rebondissements des enquêtes liées aux faits divers qui rythment son quotidien. Et pour elle, même si c’est parfois difficile à regarder, “les médias montrent les mauvaises nouvelles, mais aussi la réalité”. Une réalité qui la pousse à s’inquiéter : “Dans vingt ans, qu’est-ce que ça va donner la France ?”


Cette peur d’une montée de la violence et de l’insécurité venue des villes est clairement ce qui la mine au quotidien. Mais les enjeux environnementaux l’intéressent aussi, notamment quand ils touchent son cadre de vie, l’étang voisin qui s’assèche, ses chiens de chasse qui souffrent à chaque canicule… Tout cela s’accumule et se transforme en une peur de l’avenir qui semble la paralyser. “Comment on va vivre ? Comment vont faire les animaux pour boire et se nourrir?”. Elle regrette d’ailleurs que les médias ne présentent pas assez de solution face aux bouleversements en cours.


Cause animale et écologie ordinaire. Nicole est chasseuse, ou en tout cas épouse d’un chasseur. Très attachée à ses chiens, elle semble aussi particulièrement sensible à la cause animale, au point de nourrir les animaux sauvages en cas de sécheresse… ou de ne plus manger de bœuf (mais du sanglier ou du poulet, ça va). Abonnée à “Pet Alert”, elle relaie systématiquement les signalements d’animaux disparus dans le voisinage et s’inquiète beaucoup de l’avenir de la faune sauvage dans un contexte de dérèglement climatique. 



“Les écolos ont des idées tellement arrêtées.”



Écolos et agriculteurs. Alors Nicole veut bien se considérer comme “écolo” si on parle de faire du compost, de rouler à vélo ou d’éteindre les lumières inutiles. Voire faire quelques concessions, “moins de lessives” par exemple, et d’ailleurs, depuis la pandémie, elle “fait plus attention à ce qu'elle achète”. Et elle apprécierait aussi que le maire de son village mobilise la communauté pour nettoyer le cimetière envahi de mauvaises herbes, ou que la ville voisine arrête de “tout bétonner”.

Mais ça s’arrête là, et elle ne se considère pas écolo notamment par que les “écolos” sont pour elle trop "extrêmes".


Sur la liste des personnages qu’elle n’apprécie guère, on trouve à côté des écolos… les agriculteurs locaux, “pétés de thunes”. Ils “roulent en BMW ou Mercedes et partent en vacances” grâce aux “aides” qu’ils touchent, entre autres pour pallier les dommages causés par les sangliers qu’elle et son mari n’ont pourtant pas le droit de tuer. A cause des écolos.



Les citations de ce texte sont issues d’entretiens qualitatifs menés en 2023 ou 2024 dans le cadre d’une étude pilotée par Parlons Climat sur les “Laissés-pour-compte”. Le  prénom a été changé. 



Pour aller plus loin :




Recommandations stratégiques : Parler aux Laissés-pour-compte

 
 

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