Pesticides, pouvoir d'achat, énergie, transition : qu'est-ce qui fait vraiment bouger les voix ?
- il y a 3 jours
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Actu. Quelles propositions font gagner ou perdre des voix lorsqu'un électeur choisit entre deux candidats ? Appuyés par deux universitaires, nous avons mené une expérience inédite auprès de 5 013 personnes, qui met en regard le poids relatif des propositions sur le pouvoir d'achat, l'agriculture, l'énergie et la transition. Résultat : les enjeux liés à la transition ne sont pas secondaires.
Le dispositif : faire choisir, des milliers de fois
Concrètement, 5013 personnes représentatives de la population française ont été invitées à se prononcer cinq fois entre deux candidats hypothétiques, soit 50 130 choix au total. Chaque candidat portait un court programme, avec des propositions tirées au sort dans cinq domaines : pouvoir d'achat, agriculture, énergie, transition écologique, place de l'État.
Pour chaque domaine, trois ou quatre options étaient possibles, attribuées aléatoirement :
Sur le pouvoir d'achat, un candidat pouvait proposer : Augmenter les salaires pour tous / Réduire les impôts et les charges pour tous / Renforcer les aides aux ménages en difficulté / Mieux rémunérer ceux qui travaillent davantage.
Sur l’agriculture, un candidat pouvait proposer : Soutenir la productivité avec les engrais et les pesticides / Soutenir les exploitations familiales vendant localement / Soutenir l'agriculture écologique et sans pesticides / Soutenir la révolution technologique agricole.
Sur l’énergie, un candidat pouvait proposer : Développer le nucléaire et les énergies renouvelables / Réduire les énergies renouvelables au profit du nucléaire / Développer le nucléaire et démanteler le renouvelable / Développer les énergies renouvelables et démanteler le nucléaire.
Sur la transition écologique, un candidat pouvait proposer : Accélérer au-delà des mesures existantes / Maintenir les mesures existantes / Supprimer les mesures existantes car il y a d'autres priorités / Supprimer les mesures existantes car le changement climatique n'est pas de notre fait.
Sur la place de l’Etat, un candidat pouvait proposer : Renforcer l'intervention de l'État dans l'économie / Maintenir le rôle actuel de l'État dans l'économie / Réduire le rôle de l'État dans l'économie.
En attribuant les mesures proposées au hasard et en multipliant les choix, on peut isoler statistiquement l'effet de chaque proposition sur la décision finale. Les chiffres qui suivent indiquent, pour chaque option, le pourcentage de fois où un candidat la portant a été choisi. Au-delà de 50%, adopter cette proposition fait gagner plus de soutiens que les autres, en-deçà, elle fait perdre.
Vue d'ensemble des résultats
Le tableau ci-dessous présente, pour chacune des 19 options, son taux de choix au global et selon le vote aux législatives 2024. Les options choisies moins de 45% des fois sont en rouge, celles choisies plus de 55% des fois sont en vert.
Domaine | Option | Global | NFP | Centre | LR | RN |
Pouvoir d'achat
| Mieux rémunérer ceux qui travaillent davantage | 52,5 | 47,1 | 56,3 | 55,6 | 54,0 |
Augmenter les salaires pour tous | 51,2 | 54,7 | 50,4 | 49,4 | 49,4 | |
Réduire les impôts et les charges pour tous | 51,0 | 49,3 | 51,8 | 54,1 | 52,0 | |
Renforcer les aides aux ménages en difficulté | 45,3 | 48,8 | 41,4 | 40,9 | 44,5 | |
Agriculture | Soutenir les exploitations familiales vendant localement | 56,2 | 57,9 | 55,2 | 55,2 | 55,5 |
Soutenir l'agriculture écologique et sans pesticides | 54,9 | 60,7 | 56,4 | 52,4 | 50,3 | |
Soutenir la révolution technologique agricole | 49,3 | 47,7 | 50,5 | 50,7 | 49,0 | |
Soutenir la productivité avec les engrais et les pesticides | 39,5 | 33,6 | 37,5 | 41,7 | 45,2 | |
Énergie | Développer le nucléaire et les énergies renouvelables | 55,6 | 57,1 | 59,7 | 57,4 | 53,1 |
Réduire les énergies renouvelables au profit du nucléaire | 49,7 | 46,2 | 50,4 | 53,1 | 50,7 | |
Développer le nucléaire et démanteler le renouvelable | 47,5 | 43,3 | 48,0 | 48,8 | 51,2 | |
Développer les énergies renouvelables et démanteler le nucléaire | 47,1 | 53,4 | 41,8 | 40,7 | 45,0 | |
Transition | Accélérer au-delà des mesures existantes | 53,3 | 57,7 | 56,0 | 53,5 | 51,0 |
Maintenir les mesures existantes | 52,9 | 57,4 | 53,0 | 52,4 | 49,8 | |
Supprimer les mesures existantes car il y a d'autres priorités | 49,5 | 45,1 | 49,8 | 47,4 | 51,9 | |
Supprimer les mesures existantes car le changement climatique n'est pas de notre fait | 44,4 | 40,0 | 41,5 | 46,7 | 47,3 | |
État | Maintenir le rôle actuel de l'État dans l'économie | 51,5 | 52,1 | 52,5 | 49,3 | 51,1 |
Réduire le rôle de l'État dans l'économie | 49,5 | 48,6 | 50,3 | 50,9 | 49,5 | |
Renforcer l'intervention de l'État dans l'économie | 49,0 | 49,4 | 47,3 | 49,7 | 49,4 |
Chaque mesure prise individuellement a logiquement, un impact modeste, lié au fait qu’elle fait partie d’un programme. Mais quelques options se distinguent nettement, dans un sens comme dans l'autre. Et au-delà du score individuel de chaque option, l'écart entre la meilleure et la pire option dans chaque domaine nous montre l’importance d’une bonne ou d’une mauvaise position à ce sujet.
Trois positions perdantes dans tous les électorats
Trois propositions sont rejetées de manière transversale.
Soutenir la productivité avec les engrais et les pesticides est la proposition la plus pénalisante de l'expérience. Un candidat qui la porte est choisi 39,5% des fois en moyenne, et le rejet se retrouve partout : 33,6% au NFP, 37,5% au centre, 41,7% chez les LR, 45,2% au RN. Aucune autre proposition ne réunit un consensus de rejet aussi marqué.
Sur l'énergie, miser sur une seule technologie est partout perdant. Les propositions de développer le nucléaire et démanteler le renouvelable (47,5% au global) et développer les énergies renouvelables et démanteler le nucléaire (47,1%) recueillent toutes deux bien moins de soutien que développer le nucléaire et les énergies renouvelables (55,6%), qui arrive en tête assez largement dans les quatre électorats observés, RN compris (53,1%).
Le climatoscepticisme assumé fait perdre des voix dans tous les électorats. Sur les enjeux de transition proposer de supprimer les mesures existantes car le changement climatique n'est pas de notre fait recueille 44,4% des choix au global, 40,0% au NFP, 41,5% au centre, 46,7% chez les LR et 47,3% au RN. Dans le même temps, Accélérer au-delà des mesures existantes est gagnant dans toutes les familles politiques, RN compris (51,0%).
Quels enjeux pèsent le plus dans le choix d'un candidat ?
Au-delà des mesures individuelles, on peut mesurer ce que pèse chaque domaine dans la décision. L'écart entre la meilleure et la pire option d'un domaine, son amplitude, donne un ordre de grandeur. Plus elle est large, plus le domaine est susceptible de faire basculer un choix.
Amplitude (pts) | Pouvoir d'achat | Agriculture | Énergie | Transition | État |
NFP | 7,6 | 27,1 | 13,8 | 17,6 | 3,5 |
Centre | 14,9 | 18,9 | 17,9 | 14,5 | 5,2 |
LR | 14,7 | 13,5 | 16,7 | 6,8 | 1,6 |
RN | 9,4 | 10,3 | 8,1 | 4,6 | 1,8 |
D'abord, dans aucun des quatre électorats observés, le pouvoir d'achat n'est l'enjeu d'amplitude la plus large. Et c'est précisément au NFP (7,6 points) et au RN (9,4 points) que les options de pouvoir d'achat sont les moins discriminantes, illustrant un soutien faiblement distinct entre différentes formes de soutenir le pouvoir d’achat. A l’inverse, au centre et chez les LR, la distinction est forte. Entre mieux rémunérer ceux qui travaillent davantage et renforcer les aides aux ménages en difficulté, l’écart est de 14 points.
Ensuite, le poids des propositions liées à la transition en général n'est pas le même selon les bords politiques. Au NFP et au centre, l'amplitude sur la direction à prendre sur les mesures de transition (accélérer / maintenir / supprimer) est du même ordre que sur les mesures concrètes (énergie, agriculture). À droite, l'écart se creuse : chez les LR, l'amplitude sur le principe est de 6,8 points contre 16,7 sur l'énergie ; au RN, 4,6 contre 10,3 sur l'agriculture. Pour le dire autrement, les électeurs de droite réagissent finalement peu à ces prises de position générales sur la transition, mais beaucoup à des propositions concrètes sur l'énergie ou l'agriculture.
Trois conclusions
D'abord, la transition n'apparaît pas comme un sujet électoralement secondaire. Dans tous les électorats étudiés, au moins un enjeu de transition fait bouger plus de voix que les orientations prises sur la question du pouvoir d'achat.
Ensuite, ce sont les options de synthèse qui rassemblent. Le mix énergétique l'emporte sur les voies exclusives. Accélérer ou maintenir l'effort de transition gagne, supprimer des mesures est perdant, encore plus quand le motif convoqué est le climatoscepticisme.
Enfin, la question de la direction générale de la “transition” n'a pas le même pouvoir mobilisateur partout. À gauche et au centre, ce sujet porte. Plus à droite, ce sont les politiques sectorielles concrètes qui font bouger les voix.
Ces résultats sont issus d'une conjoint experiment réalisée par Parlons Climat avec l'appui de Romain Ferrali (Aix-Marseille School of Economics) et Malo Jan (Sciences Po), auprès de 5013 répondants représentatifs de la population française, recrutés via Bilendi. Les chiffres présentés sont des moyennes marginales, équivalentes ici aux Average Marginal Component Effects (AMCE). |


