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L’inquiétude des Français pour leur santé, un point de bascule pour l’écologie ?

  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture

Actu. En opinion publique, l’écologie et la santé vont de pair. Régulièrement remise à l’agenda par des scandales, la santé environnementale pourrait devenir un sujet majeur et mobilisateur dans les années à venir.



Le lien entre transition écologique et santé est aujourd’hui une évidence dans l’opinion. C’est même l’un des co-bénéfices les mieux compris. L’idée que “protéger l’environnement, c'est protéger notre santé” est ainsi largement connue des Français (76%), qui l’approuvent massivement (75%). Et quand on leur demande ce qui pourrait les inciter à agir davantage pour lutter contre la crise climatique, la première réponse, pour 53% des personnes interrogées, est la protection des conditions de vie et de la santé de leurs enfants. 


Or, ces derniers mois, les scandales sanitaires et les mobilisations liées investissent l’espace public : pesticides, PFAS, cadmium... Peuvent-ils servir de ressort pour mobiliser les Français en faveur de la santé et donc de l’écologie ? Quelles attentes génèrent-ils ? Quels liens sont faits entre les questions environnementales et de santé ?


On est allé creuser les données d’opinion pour voir ce qu’il en est.




La santé, une préoccupation essentielle et croissante pour les Français


Premier constat : en 2026, la santé est dans le top 3 des préoccupations, et progresse. 36% des Français en font un de leurs enjeux prioritaires, 4 points de plus qu’en 2022. Cette préoccupation est plus forte chez les femmes (39% contre 33% pour les hommes), ainsi que dans les zones rurales (40%).


Ce phénomène s’explique d’abord par une perte de confiance dans l’accès aux soins : 73 % des Français craignent de ne pas accéder à des soins de qualité en cas d’urgence. C’est une inquiétude que nous entendons beaucoup dans nos entretiens qualitatifs. Elle recouvre à la fois la difficulté à prendre des rendez-vous et la perception de qualité dégradée des urgences, notamment avec des temps d’attente excessifs. 


La question de l’accès au soin et la peur pour sa propre santé s’articulent : être et rester en bonne santé devient encore plus essentiel quand on doute d’être bien pris en charge en cas de problème.




L’impact d’un environnement dégradé sur la santé, un enjeu qui dépasse le champ d’action individuel


Cette inquiétude s’inscrit d’abord dans un rapport très individuel à la santé. Être en bonne santé est devenu un marqueur social : une nécessité et une preuve de maîtrise de soi dans un monde incertain. Ce caractère individuel de la santé a été renforcé par les messages de prévention par les bonnes habitudes, rapprochant santé et forme : “mangez 5 fruits et légumes par jour”, “pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière”, “l’abus d’alcool est mauvais pour la santé”… Il est donc logique que, interrogés sur les facteurs de risque favorisant l’apparition d’un cancer par exemple, les Français citent parmi les premiers ceux qui touchent aux comportements individuels et notamment le tabac ou l’alcool.


Cependant, les dernières années ont changé la donne, mettant en avant la part collective des enjeux de santé, la part qui ne peut être maîtrisée individuellement. Que ce soit avec la crise COVID, les nombreux rappels de produit, la recrudescence de cancers et d’affections longue durée, les infertilités de plus en plus reliés à des causes environnementales... Les Français se préoccupent désormais de l’incidence d’un environnement dégradé sur leur santé.


En réaction, les comportements individuels évoluent, notamment sur l’alimentation. Ainsi, au cours des dernières années, 79% des Français déclarent consommer plus de plats fait maison, 77% manger plus de fruits, légumes et légumineuses, 49% plus de produits issus de l’agriculture biologique. La première raison qui justifie ces changements d’alimentation est la préservation de la santé, montrant ainsi la prégnance de ce lien en opinion publique.


Malgré ces changements, quand ils pensent aux effets possibles sur leur santé des aliments qu’ils peuvent être amenés à consommer, 65 % des gens disent se sentir inquiets (3 points de plus qu’en 2022).  En effet, l’alimentation n’est pas qu’un enjeu individuel, elle est largement impactée par nos environnements alimentaires (modes de production, disponibilité, prix, représentations..). Ainsi ces efforts se heurtent aux limites des choix individuels : on peut bien manger, faire du sport, faire attention… sans jamais être totalement protégé.


Une idée s’impose dans l’opinion : une part croissante de notre santé dépend de ce que nous subissons et non de ce que nous choisissons. Autrement dit, la santé est en train de changer de nature : d’une affaire de comportements individuels, elle devient une question d’exposition collective.


Or, dans toutes les catégories de population, les niveaux d’inquiétude sont très élevés sur les pollutions, en particulier sur la pollution de l’eau, l’alimentation, les pesticides et les produits chimiques (90% ou plus). Toutes ces pollutions ont une caractéristique commune : elles ne peuvent être évitées individuellement.






Les choix individuels, que chacun peut maîtriser, ne suffisent donc pas à rester en bonne santé. Les Français en sont conscients : ils perçoivent désormais un risque qui dépasse leur champ d’action individuel. Par exemple, 97% des personnes pensent qu’être exposé à des substances chimiques peut favoriser l’apparition d’un cancer, 95% respirer un air pollué, 92% manger des aliments traités avec des pesticides. Ainsi 3 des 5 facteurs les plus identifiés comme pouvant favoriser le cancer sont hors de portée de choix individuels, collectifs par essence et liés à l'environnement. 




Santé et environnement sont des catalyseurs de mobilisations


Ce basculement vers des causes collectives transforme directement les attentes. La santé devient un puissant moteur de mobilisation, d'autant que c’est aussi le sujet sur lequel les responsables politiques sont jugés les plus capables d’agir. Les Français, dans toutes les couches de la société, sont presque unanimes : le problème de la santé pourrait être résolu avec plus de volonté politique (pour 89% d’entre eux, le 1er item devant le pouvoir d’achat ou l’insécurité). 





Cette conscience de la possibilité pour les pouvoirs publics d’avoir un impact sur ces sujets se traduit directement en termes de soutien de politiques publiques. La lutte contre les pesticides recueille par exemple un soutien largement majoritaire et stable dans toutes les familles politiques. C’est un fait marquant : les politiques publiques qui lient santé et environnement sont parmi les plus soutenues.





Non seulement les effets de la dégradation et de la pollution de l’environnement sur la santé humaine sont de plus en plus documentés, mais ils inquiètent de plus en plus les Français. Bien conscients que leurs actions individuelles ne suffisent pas, ils expriment une attente forte auprès des pouvoirs publics, tout en se mobilisant largement sur ces sujets.


Il y a là une opportunité pour faire pivoter fondamentalement le discours : arrêter de parler d’environnement avec l’argument de la santé, mais parler avant tout de santé, en faire une affaire collective, par le prisme de la santé environnementale. 


De manière plus profonde, c’est un moyen de passer d’une écologie morale (“protéger l'environnement, c’est bien”) à une écologie de santé (“protéger l’environnement, c’est pour notre bien”), directement liée à l’intime mais fondamentalement collective.





6 - Si ces déclarations de changements de comportements ne se retrouvent pas toujours dans les pratiques, elles nous renseignent sur les représentations.



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