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Transition : pourquoi certains changements paraissent crédibles et d’autres non

il y a 2 heures
4 min de lecture

Les Français se projettent plus volontiers dans les changements qui touchent au quotidien et au cadre de vie que dans des changements systémiques. Le cas des pesticides révèle d’ailleurs un décalage important entre un objectif largement désiré et une transformation jugée difficile à réaliser. Comment expliquer cet écart et à quelles conditions certaines mesures sont jugées plus crédibles que d’autres ?



En septembre 2026, nous avons réalisé un sondage auprès de 5000 Français posant la question des évolutions qu’ils jugent réalistes, ou non, à l’horizon des 50 prochaines années.









































Quand l’écologie du quotidien paraît crédible


Les mesures jugées les plus réalistes sont :

  • la consigne des bouteilles et emballages : 76 %

  • la végétalisation des villes : 69 % 

  • la forte diminution de la consommation de viande : 58 %

  • le recul de la voiture dans les grandes villes : 57 %

Ces évolutions ont deux points communs : le fait qu’elles existent déjà, de manière tangible, sur plusieurs territoires ou communes, leur conférant un caractère familier ; et le fait qu’elles ne supposent pas de rupture majeure.

Ainsi, la consigne, la végétalisation, les pistes cyclables et les transports en commun constituent des mesures concrètes, s’appuyant sur des infrastructures existantes. La baisse de la consommation de viande parle davantage d’un changement culturel, perçu comme en cours également, puisque 6 Français sur 10 disent connaître dans leur entourage au moins une personne végétarienne (Les Français parlent climat, 2026), bien que les chiffres de consommation amènent à relativiser cette baisse.

Il s’agit donc ici de changements déjà visibles et à l'œuvre amenés à s’amplifier ces prochaines années, ce qui explique leur crédibilité auprès des citoyens.




Les transformations systémiques inspirent davantage de scepticisme


A contrario, quatre mesures paraissent crédibles pour moins de 35 % des personnes interrogées :


  • la relocalisation de la majorité de l’alimentation : 34 %

  • la quasi-disparition du pétrole et du gaz : 32 % 

  • une alimentation majoritairement produite sans pesticides de synthèse : 28 %

  • la disparition de l’électricité nucléaire : 16 %.

Ces résultats ne signifient pas que les répondants refusent ces évolutions, mais bien qu’ils les jugent peu probables notamment car il s’agit de transformations structurelles de l’énergie, de l’agriculture ou de l’organisation des circuits de production/distribution.


La faible crédibilité de la sortie du nucléaire est particulièrement révélatrice car elle illustre le fait que les Français perçoivent le nucléaire comme un élément essentiel du système électrique français, au-delà du débat “pour ou contre le nucléaire”. De même que la disparition complète des énergies fossiles paraît difficile à concevoir au regard de leur place centrale actuelle dans les transports, l’industrie et le chauffage.


Ainsi, les changements systémiques reposant sur une rupture profonde, de surcroît, à l’échelle nationale, sont difficiles à concevoir pour les citoyens, même en regardant 50 ans en avant.




Le cas des pesticides : quand le souhaitable ne semble pas réalisable



Le cas des pesticides illustre bien l’écart qui peut exister le vouloir et le pouvoir, entre ce que les citoyens jugent souhaitable pour l’avenir et ce qu’ils pensent réalisable.

En premier lieu, rappelons que les pesticides sont une réalité pour la plupart des citoyens : 79% des Français estiment être exposés, occasionnellement ou quotidiennement aux pesticides (Destin Commun, 2026). Le sujet ne relève pas seulement d’un débat sur les pratiques agricoles, il touche aussi aux risques pour la santé et l’environnement.


Par ailleurs, il existe un large consensus transpartisan autour de la réduction des pesticides :

  • La politique publique proposant de “réduire de 50% le recours aux pesticides et de 20% l’usage d’engrais chimique d’ici 2035” fait l’objet d’un large soutien qui ne faiblit pas, 84% en 2026, 83% en 2025 (Les Français parlent climat, 2026)

  • Lorsque l’on demande aux Français de choisir entre les deux options suivantes : 1) “continuer à autoriser les pesticides : sans eux les récoltes baissent, les agriculteurs sont moins compétitifs, eux, les autorisent, et l'alimentation coûte plus cher, ou bien” 2) “réduire fortement les pesticides : ils abîment notre santé comme celle des agriculteurs, l'eau et la nature”, seuls 11% des Français se positionnent plutôt en faveur de la première, contre 67% pour la seconde, la réduction des pesticides. Les autres répondants faisant le choix de la neutralité ou ne savent pas. (Parlons Climat, 2026 - N = 5000)

Pour autant, la possibilité de ne plus recourir aux pesticides d’ici 50 ans est jugée peu probable. Seuls 28% des Français arrivent à se projeter vers une alimentation majoritairement produite sans pesticides de synthèse (graphique ci-dessus, Parlons Climat, 2026). 


Le contraste est frappant : la réduction des pesticides est largement souhaitée, mais sa traduction en un nouveau modèle agricole paraît beaucoup moins évidente. Comment expliquer un tel écart ? Notre récente étude sur la souveraineté offre deux pistes d’explications :

  • Une première piste tient à la complexité de la transition agricole. Réduire fortement le recours aux pesticides suppose de répondre simultanément à de nombreux enjeux (rémunération des agriculteurs, renouvellement agricole, rendements suffisants pour nourrir le pays, réalités pédoclimatiques de chaque territoire, changements de pratiques agricoles, investissements importants…etc) auxquels les solutions proposées à date peinent à répondre dans l'intégralité.


  • Une seconde piste tient à la maturité du sujet dans le débat public. Le niveau d’information relativement élevé de la population sur les enjeux agricoles peut avoir un double effet : favoriser l’adhésion à la réduction des pesticides, tout en percevant les difficultés de la mise en œuvre. Ainsi, plus les citoyens ont connaissance des contraintes et des arbitrages, plus ils peuvent mesurer l’écart entre un objectif désirable et sa réalisation concrète.

Ce constat met en lumière une tension entre les convictions et le pragmatisme. Nous avons ainsi pu observer dans plusieurs groupes de discussion que les exigences de chacun pouvaient se doubler d’interrogations sur leur faisabilité sans sacrifier d’autres enjeux (économiques par exemple).




Quelles implications en matière de communication ?


Ces constats amène à considérer que la transition écologique est entrée dans une nouvelle phase, que nous avons appelée L’âge des preuves, où il s’agit moins de convaincre les citoyens du bien-fondé des changements que de leur donner des raisons de croire à sa faisabilité. 

Les citoyens sont peut-être prêts à entendre ce que la transition agricole permettra de gagner, mais aussi ce qu’elle pourrait coûter ou remettre en question, à condition que l’on explique clairement pourquoi les changements sont nécessaires, comment ils peuvent être conduits et avec quelles garanties.


La crédibilité pourrait ainsi s’inscrire comme une condition de l’adhésion dans la durée.


 
 

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