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Pratiques et engagements écologiques : qui fait quoi ?

Une décennie de discours sur les enjeux climatiques a permis de pointer aux Français ce qui, dans leurs comportements, choix et modes de vie est vertueux ou problématique pour l’environnement. Et en 2026, le message est globalement entendu. Pourtant, l'action se fait encore attendre. Les sondages couplés aux sciences humaines nous rappellent que nous ne sommes pas égaux face à l'engagement climatique et qu'il est souvent plus question de facilités que de convictions.

mars 2026

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© illustration : Killian Pelletier

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En matière d'écologie, qui en fait le plus ? La jeune génération climat, les citadins des grandes villes, les plus aisés ? La réponse est loin d’être évidente.

 

En premier lieu car il faudrait définir ce que signifie “être engagé” en faveur de l’écologie.

 

A défaut d’avoir trouvé une définition établie de l’engagement écologique, nous avons dressé une liste (non exhaustive) de pratiques et comportements que l’on pourrait qualifier d’écologiques répartis en 7 catégories

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A l’aune de nos données, entretiens et lectures de travaux en sciences humaines, nous pouvons à présent nous pencher sur qui fait quoi dans la société.

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Regardons plus en détail les pratiques qui varient de manière notable entre les individus aisés et les individus modestes :

Les variables "catégories sociales" et "revenu mensuel par unité de consommation" mettent en lumière le sujet de l’accessibilité financière et les enjeux de distinction sociale.  

 

Les pratiques écologiques des classes supérieures passent par une consommation dite durable souvent plus onéreuse (produits bio, made in France) ainsi que par le renoncement à des comportements délétères pour l’environnement (avion). Une sobriété choisie, active et assumée qui s’accompagne parfois de mobilisation ou revendication (boycott).

 

A contrario, les classes populaires pratiquent une moindre consommation, plus par nécessité et contrainte économique que par choix (petit modèle de voiture, peu d’avion, achat de seconde main). Plusieurs recherches en sciences sociales, comme celle de la sociologue Fanny Hugues auprès des “modestes économes”, font état de pratiques reposant sur la solidarité (prêt, débrouille). Une sobriété plutôt subie et non revendiquée comme écologique. 

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Observons les pratiques qui différencient les habitants des territoires ruraux de ceux vivant dans des grandes agglomérations :

La variable "taille d'agglomération" laisse entrevoir des modes de vie façonnés par les possibilités qu'offre le territoire habité.

C’est sur la question de la mobilité que les urbains se distinguent le plus. Transports en commun, vélo, marche…etc, des possibilités de déplacement sans voiture facilitées par l’offre et l’aménagement des grandes agglomérations. 

 

De leur côté, les ruraux nourrissent une dépendance à la voiture individuelle dûe à l’éloignement des bassins d’emplois et de sociabilité. Ils cultivent cependant des pratiques relevant de l’auto-production (potager, poules) et du faire par soi-même (conserves, confitures, réparation) plus facile à opérer lorsque l’on jouit d’un jardin et d’espace.

 

En matière de territoire, on pourrait aussi évoquer des spécificités régionales, comme en PACA où les habitants ont bien plus recours à la climatisation du fait de la chaleur ou en Alsace, région Grand Est, qui a longtemps été le dernier bastion des bouteilles en verre consignées.

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Regardons en détail certaines pratiques qui diffèrent entre les moins de 35 ans et les plus de 65 ans :

La variable "âge" laisse apparaître des différences générationnelles liées à des valeurs, habitudes et vision du monde caractéristiques d'une époque. ​​

Les baby-boomers sont les champions des écogestes et autres pratiques anti-gaspi héritées de leur éducation où faire attention après-guerre était de rigueur. C’est aussi une classe d’âge fortement attachée à la modération et au bon sens, là encore en miroir d’une jeunesse vécue loin de l’abondance matérielle. Aussi, les végétaux qu'ils consomment sont de saison, leurs biens matériels entretenus pour allonger leur durée de vie au maximum, et les achats inutiles écartés. Les seniors sont également les piliers du monde associatif, 60% des seniors-bénévoles occupent d’ailleurs des fonctions à responsabilités nécessitant plusieurs heures / jours de travail par semaine (source : baromètre France Bénévolat). Ils font vivre la solidarité, les initiatives locales et la vie démocratique locale sur les territoires.

Plus réceptifs aux effets de mode et aux achats impulsifs, les moins de 35 ans sont aussi plus prompts à changer leurs habitudes, à adopter de nouveaux modes de consommation ou encore à pratiquer la mutualisation. Ils sont plus nombreux à acheter de seconde main, être végétariens, faire du covoiturage ou vivre en colocation. Et s’ils sont nombreux à déclarer réduire certains comportements néfastes pour l’environnement (l’avion, la viande, l'achat de vêtements) ils sont aussi ceux qui en ont le plus haut niveau de consommation.

Les moins de 35 ans croient particulièrement dans le rôle des ONG pour agir contre les désordres climatiques et environnementaux (15% vs. 7% pour les seniors - source : ADEME) ce qui se traduit par du don auprès des associations environnementales (15% vs. 11% - source : Parlons Climat). Ils sont également plus enclins à manifester pour cette cause que leurs aînés. 

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Nous ne sommes pas égaux face aux engagements écologiques.

Ils sont socialement, géographiquement et économiquement situés. Des déterminants qui favorisent ou excluent mécaniquement certains groupes sociaux.

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On peut effectivement se demander si les pratiques qui relèvent de l'habitude et du bon sens (acheter des fruits et légumes de saison), de contraintes économiques (la sobriété subie des classes populaires) ou d'autres motivations que l'écologie (les seniors qui diminuent la viande pour des questions de santé) peuvent tenir lieu d'engagements écologiques.

Plusieurs études, dont celle du CREDOC récemment, rappellent que nos changements de comportements ne sont pas tellement motivés par nos convictions, mais plutôt par : 

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D'ailleurs, à bien y regarder de plus près, ces motivations, économiques, sociales, écologiques ou pratico-pratiques s'entremêlent. 

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Pourquoi Julie achète-t-elle des vêtements en friperie ?

 

Réponse A : Parce qu'elle est soucieuse de la planète
Réponse B : Parce qu'elle surveille son budget
Réponse C : Parce que ça lui permet d'avoir deux pulls pour le prix d'un

Réponse D : Parce qu'avec ses amies, les virées friperie, c'est super !
Réponse E : Parce qu'autour d'elle, tout le monde achète de seconde main

Sûrement un peu de tout ça en même temps

Cette idée vient contrebalancer celle d'une "pureté" d'engagement en faveur de l'écologie. On retiendra surtout que qui peut le plus, fait le plus

 

Une grille de lecture à garder en tête lorsqu'on parle de comportements individuels, qui appelle à reconnaitre les pratiques écologiques déjà existantes et à élargir la réflexion aux freins à l'action au niveau collectif. 

Et pour bien avoir en tête la pluralité d'engagements et pratiques écologiques, nous avons dressé une liste non exhaustive de 70 d'entre elles dans une infographie :

Pratiques écolos
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Plus une pratique nous coûte à mettre en place, moins il y a de chance qu’on s’y mette, que l’on soit écolo-convaincu ou pas.  

 

Si l'on veut mieux apprécier qui fait quoi dans la société (et surtout mieux comprendre les freins collectifs qu'il reste à lever) il faut évaluer le coût d'un engagement écolo.

 

Un indicateur que l'on peut imaginer de la sorte, reposant sur 3 critères :

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Avec le barème de notation suivant :

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En creux, cette notion de coût de l'engagement permet d'identifier les freins extérieurs qu'il reste à lever pour généraliser des changements de comportements à grande échelle : déploiement d'offres alternatives, accessibilité pratique et financière, désirabilité sociale, émergence et reconnaissance de pratiques venant de différents milieux sociaux.

Cet article sur l'engagement individuel ne doit pas éclipser le fait, qu'encore peu de Français ont à l'esprit, que les décisions politiques sont la clé pour changer durablement les modes de vie : un système de consigne généralisé pour ne plus jeter le verre ; des fermes urbaines pour acheter de saison ; des services publics ou des pistes cyclables pour délaisser la voiture...etc.

Fabriqué par : Amélie Deloffre (Parlons Climat)
Illustration : Killian Pelletier 
Infographie PDF : Pierre-Marie Bagot

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